Journée internationale des migrant-e-s

Le 18 Décembre 2020 est la journée internationale des migrant-e-s.

Journée internationale des migrants

Le Collectif de Sans Papiers de Montpellier que soutient Attac Montpellier appelle à un rassemblement à 15h sur le parvis de la mairie de Montpellier, suivi d’un départ en manifestation à 16h30 pour se retrouver à 18h devant la préfecture.

Contact : csp.34montpellier (at) gmail.com

Mobilisation à Montpellier contre la loi de sécurité globale et les violences policières

Beaucoup de monde à Montpellier – 6000 personnes – toutes générations confondues avec une forte présence de jeunes. Très belle réponse à ce pouvoir qui glisse sur une pente dangereuse et à qui nous devons opposer notre attachement aux principes de la république. Cela fait maintenant trop longtemps que les forces sensées nous défendre s’en éloignent en commettant des actes dignes des pires régimes autoritaires.

IMG_3464

IMG_3467

IMG_3473

IMG_3482

IMG_3479

Les loups gris d’Erdogan

Communiqué de presse

Le Collectif de solidarité avec le peuple kurde Montpellier et le Centre démocratique kurde Montpellier se félicitent de la décision du gouvernement français, qui vient de dissoudre les « Loups gris », « mouvement paramilitaire et ultranationaliste » incitant à la haine et à la violence notamment contre les kurdes et les arméniens. « Les loups gris » sont l’organisation de jeunesse du parti turc de l’Action nationaliste (MHP) à l’idéologie fascisante. Or le MHP est devenu au cours des dernières années un partenaire privilégié et indispensable du parti islamo-conservateur de M. Erdogan, qui a dénoncé cette dissolution et menacé la France de représailles.

Erdogan électoralement en difficulté et affaibli par la crise économique, mise sur une politique combinant religion et nationalisme, agressive et expansionniste pour se rêver nouveau sultan d’un empire à conquérir. Après avoir envahi le nord de la Syrie, il soutient les djihadistes dans les régions d’Ilib, envoie des milliers de ces supplétifs islamistes en Lybie, et dans le Haut-Karabakh, et multiplie les provocations en méditerranée orientale.

Erdogan n’a pas condamné le meurtre de Samuel Paty, il souffle sur les braises de l’islamisme, instrumentalise la question religieuse à des fins électorales.

Le gouvernement français et l’UE, sans céder au chantage à l’immigration du gouvernement turc, doivent reconnaitre le droit des kurdes de Turquie et de Syrie, sortir le PKK ( Parti des travailleurs du Kurdistan) de la liste des organisations terroristes, œuvrer pour la libération d’Oçalan, prisonnier politique depuis 21 ans.

Contacts

Collectif de solidarité avec le peuple kurde Montpellier

  • collectifdesolidariteaveclepeuplekurde (at) lilo.org
  • Delphine Petit : 0618872873

Centre démocratique kurde Montpellier

  • centre.d.kurde34 (at) gmail.com
  • Fatma Nesanir : 0619588183

La lutte contre le terrorisme et pour la paix, passe par notre solidarité avec le peuple Kurde

Communiqué de presse

Ce Vendredi 25 Septembre 2020, une nouvelle opération policière a été menée par le régime fasciste d’Erdogan qui vient d’emprisonner 82 cadres du Parti Démocratique des Peuples, le HDP, pourtant officiellement encore autorisé, et principale force d’opposition progressiste en Turquie. Ces arrestations massives de cadres du HDP, de député.e.s, de maires et autres élu.e.s, vise à étouffer dans ce pays les derniers espaces de liberté, de progrès social, de respect de droits des femmes et du vivre ensemble dans la diversité des origines et des croyances.

Le prétexte de ces arrestations est parlant : ces cadres du HDP auraient participé en… 2014, à des manifestations de protestation contre les crimes commis à Kobana par les terroristes de Daesh, mouvement islamo-fasciste soutenu par le gouvernement Turc. Daesh, qui dans le même temps soutenait par sa propagande et sa finance les attentats terroristes en France.

Or ce sont les combattants kurdes qui par leur engagement au sol, ont vaincu au Rojava, en Irak et en Syrie les terroristes de Daesh. Ces mêmes terroristes qui aujourd’hui sont revenus, soutenus par l’aviation et l’armée d’Erdogan, et multipliant massacres et viols de masse. L’Organisation des Nations Unies à travers sa Commission internationale d’enquête vient de produire un rapport sur les récents crimes perpétrés par ces milices protégées par Erdogan : le journal Le Monde du 25 Septembre s’est fait l’écho d’un passage de ce rapport de l’ONU, concernant le viol collectif d’une jeune fille devant des prisonniers kurdes obligés par les islamo-fascistes d’assister à la scène.

Et voici qu’en France, suite au nouvel attentat commis le 25 Septembre devant l’ancien local de Charlie Hebdo par un terroriste fanatisé, le ministre de l’Intérieur Gérard Darmanin proclame le surlendemain « Nous sommes en guerre contre le terrorisme » et rappelle les « 32 attentats » déjoués depuis trois ans ?

Alors Messieurs Macron et Darmanin, il faut être cohérent ! Nous demandons au gouvernement de la France ainsi qu’à l’Union Européenne de mettre fin à leur attitude ambiguë, voire hypocrite :

  • Que la France et l’U.E. sortent enfin le PKK de leur liste des organisations terroristes : il est le parti historique du mouvement de libération du peuple Kurde pour une coexistence de tous les peuples, dans la coopération et la justice sociale !
  • Que l’Etat, la police et la justice françaises cessent de harceler, voire d’arrêter ou d’expulser des militants kurdes qui agissent pacifiquement pour une juste cause. Nous n’avons pas à faire en France le sale boulot d’Erdogan !
  • A cet égard, à Montpellier comme ailleurs les citoyen.ne.s Kurdes qui veulent déposer un dossier de demande d’asile ou de naturalisation française ne doivent pas subir des pressions visant à faire d’eux des indicateurs de police : la France est encore, aux yeux de beaucoup de peuples du monde, le pays des Droits de l’Homme.

Pour une paix durable, pour éradiquer le terrorisme en France et partout ailleurs, il ne faut pas réprimer ceux qui œuvrent pour la paix, la justice sociale et la liberté, mais agir avec eux !

C’est pourquoi nous invitons les associations, syndicats, mouvements politiques et leurs représentants à soutenir ces demandes; et aussi, à solliciter l’intervention des groupes parlementaires dans ce sens.

Le Collectif de solidarité avec le peuple kurde de Montpellier
Contact : collectifdesolidariteaveclepeuplekurde (at) lilo.org

Rassemblement pour la Journée mondiale de la paix

La Journée mondiale de la paix est une journée de lutte contre les guerres, la destruction, l’injustice, et le système patriarcal.

L’association des femmes kurdes se saisit de cette journée pour s’opposer à la dictature du président turc Recep Tayyip Erdogan, et rappeler les violences et crimes contre les populations civiles régulièrement perpétrés par son gouvernement.

Au nord de la Syrie, l’armée turque et ses mercenaires djihadistes commettent des violations et des exactions quotidiennes contre les Kurdes et autres composantes ethniques de cette région qu’ils occupent, en assassinant en particulier des femmes .

En Turquie, les élus et militants du Parti démocratique des Peuples (HDP) subissent une répression systématique destinée à empêcher toute expression politique du peuple kurde : pas un jour ne se passe sans des destitutions d’élu-e-s, des arrestations, détentions et de lourdes condamnations pénales prononcées par une justice aux ordres du pouvoir.

L’aviation turque poursuit ses frappes et bombarde régulièrement le sud Kurdistan, appuyée par des drones et des hélicoptères d’attaque ainsi que des tirs d’artillerie . Par ailleurs, des militaires turcs continuent d’incendier des zones forestières du Nord Kurdistan.

Ebru Timtik, avocate turque de 42 ans est décédée au 238jour de sa grève de la faim en prison. Elle réclamait « un procès équitable » après sa condamnation, l’an dernier, à treize ans de prison pour « appartenance à une organisation terroriste ». Une accusation devenue courante contre les différents opposants au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan. C’est le 4e décès depuis le mois d’avril.

Le Collectif montpelliérain de solidarité avec le peuple kurde se joint au Conseil Démocratique Kurde de Montpellier et demande au gouvernement français de dénoncer les agressions turques et les assassinats politiques, de proposer à l’UE et à l’ONU une zone d’exclusion aérienne en Syrie et en Irak, visant à empêcher tout bombardement de populations.

 Rassemblement à Montpellier ce mardi 1er septembre, place de la comédie à 18h

 

 

Vidéo du rassemblement

Logiciel libre

Traduction en français de l’article Free Software du livre
Pluriverse : A Post-Development Dictionary

Mots clés: ordinateurs, logiciel, propriété intellectuelle, communs

Alors que le monde est de plus en plus tissé par un réseau dense d’ordinateurs interconnectés, la question centrale de notre époque devient technologique : comment maintenir la liberté dans un monde qui est de plus en plus dirigé non pas par des humains mais par des logiciels ? Le logiciel libre apporte une réponse à cette question en actualisant la notion traditionnelle de liberté, antérieure au numérique, pour y inclure la dépendance de l’humanité à l’égard du logiciel. La question à laquelle toute forme future de politique doit répondre n’est pas seulement la préservation de la liberté humaine, mais son expansion via un contrôle populaire autonome accru de l’infrastructure informatique par les utilisateurs eux-mêmes.

À l’heure actuelle, les capacités de l’Internet sont monopolisées par quelques grandes entreprises de la Silicon Valley comme Google, Apple, Facebook et Microsoft. Nos capacités cognitives étendues s’exercent par l’intermédiaire de logiciels qui sont en fait privatisés. Cela marque un tournant décisif dans le capitalisme, le travail numérique sous forme de « programmation » devenant la nouvelle forme hégémonique de travail. Cela ne signifie pas que les emplois traditionnels en usine et l’extraction des ressources ont été rendus obsolètes – loin de là ! Cependant, ce type de travail est poussé dans des conditions de plus en plus brutales et précaires dans les pays de la « périphérie » et dans les zones d’exclusion des pays du centre. L’absence d’investissement dans les logiciels en faveur de la production industrielle et de l’extraction des ressources fait des « pays en développement » de simples rouages fournissant des biens à faible marge et une main-d’œuvre bon marché tandis que le capitalisme se réorganise autour des logiciels.

Les logiciels mènent à l’automatisation, au remplacement du travail humain par des machines. Le langage qui coordonne ces machines à l’échelle mondiale est le code. L’ordinateur est défini comme une machine de Turing universelle, une machine qui est infiniment flexible par rapport à d’autres outils spécialisés, car la même machine peut être réorganisée pour être plus efficace ou reprogrammée pour de nouvelles capacités. Le cœur du capitalisme n’est plus l’usine, mais le code.

Et si les gens pouvaient contrôler le code eux-mêmes ? Le « logiciel libre » inscrit quatre libertés fondamentales dans le code lui-même :

  1. la liberté d’exécuter le programme comme vous le souhaitez, dans n’importe quel but
  2. la liberté d’étudier le fonctionnement du programme et de le modifier de manière à ce qu’il vous permette d’utiliser votre ordinateur comme vous le souhaitez
  3. la liberté de redistribuer des copies afin d’aider votre voisin
  4. la liberté de distribuer des copies de vos versions modifiées à d’autres personnes.

Ces libertés signifient que les gens peuvent contrôler les logiciels pour leurs propres besoins en ayant accès au code source – comme le dit la Free Software Foundation, « le logiciel libre est une question de liberté, pas de prix » (Stallman 2017). Le logiciel libre est un programme politique qui va au-delà du « code source libre » et du « libre accès » au code, bien qu’il offre un accès libre au code, nécessaire à la liberté.

Le logiciel libre a été inventé comme une brèche dans la loi américaine sur le droit d’auteur par le hacker Richard Stallman au Massachussets Institute of Technology (MIT), voyant que la culture de partage des logiciels développés par les hackers était limitée par des entreprises commerciales comme Microsoft. Afin de créer une résistance juridiquement contraignante à ces nouvelles enclosures cognitives, Stallman a créé la General Public License (GPL). Comme le droit d’auteur d’un logiciel est attribué par défaut au développeur, celui-ci peut accorder une licence à un nombre illimité de personnes, préservant ainsi les quatre libertés fondamentales pour la postérité. La licence GPL exige que tous les travaux dérivés utilisent également la GPL, de sorte que les restrictions traditionnelles du droit d’auteur se transforment en un « copyleft » qui exige que les quatre libertés soient accordées. D’autres licences « open source » telles que la licence du MIT ou la plupart des licences Creative Commons – qui attribuent directement le droit d’auteur au domaine public – n’empêchent pas que des œuvres dérivées soient incluses de manière propriétaire. Avec la licence GPL, non seulement une partie d’un logiciel peut être garantie pour préserver les capacités humaines, mais les communs logiciels peuvent se développer de manière virale. La GPL a été une licence et une méthodologie logicielle qui a remarquablement réussi. Par exemple, GNU/Linux fait fonctionner la plupart des architectures Internet actuelles et même Android de Google est basé sur un noyau de logiciel libre, bien que Google externalise des composants vitaux dans son cloud propriétaire.

Le logiciel libre résout des problèmes jusqu’alors insurmontables pour ceux qui recherchent la souveraineté technologique à l’échelle individuelle et collective. Premièrement, il permet aux programmeurs d’établir de nouvelles sortes de solidarité sociale via la programmation collective de code, par opposition au développement de logiciels propriétaires qui est maintenu dans le silo d’une seule entreprise. Deuxièmement, les utilisateurs de logiciels libres peuvent par définition devenir eux-mêmes des programmeurs, car ils ont la possibilité d’apprendre à programmer et d’apporter des modifications au code. Troisièmement, l’open source est la seule garantie de sécurité car elle permet à des experts de vérifier le code. Il n’y a pas de frais de licence et les mises à jour de sécurité sont gratuites, ce qui permet d’éviter de nombreuses cyberattaques. Enfin, bien que le code puisse être conservé « in the cloud », c’est-à-dire hébergé sur les ordinateurs d’autres personnes, des versions de la GPL telles que la GPL Affero peuvent garantir que le code source des logiciels qui fonctionnent sur des serveurs est disponible en tant que partie des communs. La GPL est une condition préalable à la décentralisation de l’Internet et à la remise en cause du pouvoir du capitalisme informationnel.

Le logiciel libre est vital pour l’avenir des mouvements sociaux. On ne peut pas revenir à une vie préindustrielle sans logiciels et sans ordinateurs. Les ordinateurs sont une formalisation mathématique d’une théorie philosophique abstraite de la causalité dans le monde matériel, et ils peuvent donc prendre de nombreuses formes, de l’informatique quantique à l’informatique biologique, et à l’avenir, espérons-le, des formes qui s’intègrent dans l’écologie. Rejeter entièrement l’ordinateur, si on le pousse à l’extrême, reviendrait à rejeter toute machinerie et à réduire l’humanité à une corvée perpétuelle et au provincialisme – un avenir peu prometteur. Il est tout aussi naïf d’imaginer que le capitalisme va se transformer rapidement via la diffusion des ordinateurs en une utopie socialiste sans travail. De la diffusion d’Indymedia à la téléphonie mobile communautaire de Rhizomatica à Oaxaca, en passant par le plan d’infrastructure écologique autonome qui utilise des logiciels libres au Rojava, le logiciel libre a tranquillement aidé les mouvements sociaux pendant des décennies en fournissant les logiciels sous-jacents nécessaires aux luttes. En termes de post-développement, ce qu’il faut, c’est une stratégie qui augmente à la fois la liberté individuelle et collective par l’extension technologique des capacités humaines. Comme ces capacités dépendent de plus en plus des ordinateurs, le logiciel libre fournit une tactique nécessaire dans la lutte pour retirer les logiciels des enclosures – et donner le pouvoir au peuple.

Harry Halpin est chercheur à l’INRIA, l’Institut national de recherche en sciences numériques à Paris, et chercheur invité au MIT Socio-Technical Systems Research Centre. Il avait auparavant travaillé pour le W3C sur les normes de sécurité avant de quitter son poste sur la question du Digital Rights Management (DRM). Il est l’auteur de Social Semantics et l’éditeur de Philosophical Engineering : Toward a Philosophy of the Web

Nouveau paradigme de l’eau

Traduction en français de l’article New Water Paradigm du livre
Pluriverse : A Post-Development Dictionary

Mots clés: énergie solaire, évaporation des plantes, cycles de l’eau, climat, gestion du paysage

Les humains ont vécu sur Terre comme chasseurs et cueilleurs pendant des centaines de milliers d’années et la capacité de charge d’une forêt est de une à trois personnes par kilomètre carré. Mais les civilisations, caractérisées par une surproduction agricole pour approvisionner les villes et les armées, se sont développées au cours des dix derniers millénaires, asséchant leur environnement ; les archéologues trouvent leurs vestiges enfouis sous le sable. La croissance démographique a entraîné la conversion des forêts en terres agricoles. Les plantes cultivées telles que les céréales, le maïs et les pommes de terre ne toléraient pas les inondations, de sorte que les agriculteurs drainaient les zones humides et les champs. L’eau de pluie était également collectée et évacuée des villes. Les anciennes civilisations de Mésopotamie, de la vallée de l’Indus, des Incas d’Amérique du Sud et d’Afrique du Nord ne brûlaient pas de combustibles fossiles, une combustion qui augmente la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère ; elles se sont plutôt effondrées en raison du manque de précipitations et de la forte salinité du sol. C’est la mauvaise gestion des terres et de l’eau qui a entraîné une perte de fertilité des sols, des sécheresses et des tempêtes de sable. L’industrialisation introduira de nouvelles perturbations anthropiques.

La Conférence des Nations unies sur le changement climatique de 2015 à Paris (COP21) a fixé un objectif de limite du réchauffement climatique à moins de 2°C de la température moyenne mondiale (TMM) par rapport aux niveaux préindustriels. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le critère quantifiable du changement climatique est la TMM et la raison du réchauffement climatique est l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre (GES), en particulier le CO2 et le CH4. La vapeur d’eau n’est considérée que comme un « agent de rétroaction » passif, plutôt que comme un agent actif du changement climatique. Le GIEC minimise l’eau et la couverture terrestre comme facteurs déterminants du climat, alors que la quantité de vapeur d’eau dans l’air est supérieure de un à deux ordres de grandeur à celle du CO2 et du CH4. La vapeur d’eau forme des nuages qui empêchent le passage de l’énergie solaire vers la Terre, ce qui réduit considérablement les températures. La transition entre les trois phases de l’eau – liquide, solide et gazeuse – est liée à l’énergie thermique. Mais les modes de gestion du paysage – déforestation, drainage des zones humides, imperméabilisation des sols urbains – modifient la répartition de l’énergie solaire de telle sorte qu’elle ne peut pas être utilisée dans le processus de refroidissement par évaporation de l’eau atmosphérique.

Par une journée ensoleillée, jusqu’à 1000W d’énergie solaire tombent sur chaque mètre carré de la Terre. Les terres sèches, les surfaces des villes – toits, asphalte, trottoirs – chauffent jusqu’à environ 60 °C, alors que sous l’ombre des arbres, la température ne dépasse pas 30 °C. Environ 50 % des zones humides ont été drainées aux États-Unis (45,9 millions d’hectares), libérant une énorme quantité de chaleur dans l’atmosphère. Un arbre refroidit activement lui-même et son environnement par évaporation de l’eau. Un arbre alimenté en eau est un système de climatisation fonctionnant à l’énergie solaire. L’énergie solaire est cachée ou latente dans la vapeur d’eau et est libérée dans les endroits frais lorsque la vapeur d’eau se transforme en eau liquide. L’arbre égalise les gradients de température de deux façons. Il refroidit par évaporation et chauffe par condensation. La climatisation technologique est imparfaite par rapport à la végétation : d’une part, parce qu’elle dépend de la production d’électricité polluante ; d’autre part, même si elle refroidit à l’intérieur d’une pièce, elle libère de la chaleur à l’extérieur, ce qui augmente la température ambiante.

Les analyses conventionnelles du réchauffement climatique, telles que celles proposées par le GIEC, sont typiques de ce que l’on peut appeler l’ancien paradigme de l’eau. Celui-ci traite des impacts du réchauffement climatique sur le cycle de l’eau plutôt que de considérer l’eau comme un déterminant actif du climat. L’ancien paradigme de l’eau part du constat suivant :

  • L’augmentation de la température moyenne mondiale est le principal problème climatique

  • L’atténuation par la diminution des émissions de GES peut peut-être avoir lieu dans quelques siècles

  • Le drainage et le paysage urbain ont un impact minimal sur le cycle de l’eau

  • La vapeur d’eau agit comme un gaz à effet de serre et provoque des températures plus élevées

  • La végétation a un faible albédo ou une faible capacité de réflexion solaire et augmente ainsi les effets de serre

Le nouveau paradigme de l’eau décrit dans le livre Water for Recovery of Climate (Kravcík et al. 2008) traite l’eau comme le moyen de réduire les différences de température dans le temps et l’espace, entre le jour et la nuit, ici et là. Les hypothèses sont les suivantes :

  • Les conditions météorologiques extrêmes, la sécheresse imprévisible et les tempêtes cycloniques constituent le principal problème climatique

  • La déforestation, l’agriculture à grande échelle et l’urbanisation modifient le cycle de l’eau au niveau local, ce qui, à son tour, a un impact sur les conditions atmosphériques mondiales

  • La transpiration de la végétation diminue la température de l’air, la nébulosité limite l’intensité du rayonnement solaire arrivant à la surface de la Terre

  • La vapeur d’eau se condense la nuit et empêche le rayonnement infrarouge (IR) de se déplacer de la surface de la Terre vers le ciel

  • Grâce à une nouvelle approche de la gestion de l’eau, on peut s’attendre à une éventuelle restauration du climat d’ici quelques décennies

Les principes du nouveau paradigme de l’eau ont été démontrés en Australie par la méthode du Natural Sequence Farming de Peter Andrews. Celle-ci imite le rôle des cours d’eau naturels pour inverser la salinité, ralentir l’érosion et augmenter la qualité du sol et de l’eau, recharger les aquifères souterrains et permettre à la végétation native de restaurer la ripisylve. En Inde, le projet Tarun Bharat Sangh, lancé par Rajendra Singh, est basé sur la renaissance des réservoirs d’eau traditionnels. Le travail vise à concevoir des structures de collecte d’eau ou johads. Il s’agit de simples barrières de boue construites sur les pentes des collines pour arrêter le ruissellement de l’eau pendant la mousson. La hauteur de la digue varie en fonction du site, du débit de l’eau et de la topographie. Un johad retient l’eau pour le bétail et permet la percolation de l’eau à travers le sol, rechargeant l’aquifère jusqu’à un kilomètre de distance. Cette collecte d’eau a permis d’irriguer environ 140 000 hectares et a fait passer la nappe phréatique d’environ 100-20 mètres de profondeur à 3-13 mètres. Le rendement des cultures s’est fortement amélioré. La couverture forestière est passée de 7 % à 40 %. Plus de 5 000 johads ont été construits en tout et plus de 2 500 vieilles structures ont été rajeunies par les communautés villageoises dans 1 058 villages depuis 1985. Des projets similaires en Slovaquie ont créé des opportunités d’emploi et renforcé le sentiment d’appartenance à la communauté.

Jan Pokorný est un physiologiste végétal diplômé de l’Université Charles de Prague. Il a fait des recherches sur la photosynthèse des plantes en zones humides avec l’Académie des sciences tchécoslovaque et le CSIRO, en Australie. Depuis 1998, il est directeur de l’organisation de recherche ENKI, qui s’intéresse au rôle direct du paysage et des plantes dans la distribution et l’interaction de l’énergie solaire, des cycles de l’eau et des effets climatiques.

Minobimaatisiiwin

Traduction en français de l’article Minobimaatisiiwin du livre
Pluriverse : A Post-Development Dictionary

Mots clés: bien-être, santé, bonne vie, cultures anishinaabe et cree,
droits de la terre

Minobimaatisiiwin (m’nobi-MAH-t’see-win), connu dans divers dialectes comme miyupimaatisiiun, bimaadiziiwin, pimatisiwin, mnaadmodzawin, et mino-pimatisiwin, est un concept ancré dans les cultures anishinaabe et cree qui transmet l’idée de « vivre une bonne vie » ou de vivre dans un « état total de bien-être » (King 2013). Bien que cette pratique de « bien vivre » existe depuis des milliers d’années, sa pérennité a été compromise par les forces dévastatrices de l’oppression coloniale et de la mondialisation qui ont miné la vie des autochtones en Amérique du Nord de toutes les manières imaginables. Au cours des dernières décennies, minobimaatisiiwin est apparu dans le cadre d’une revitalisation des systèmes de soins indigènes. Cette réémergence est en résistance directe aux pressions continues émanant de ces forces. La militante anishinaabe Winona LaDuke (1997) a introduit le concept dans le discours environnemental en réponse au colonialisme, au racisme et à l’injustice dans le domaine de l’environnement.

Minobimaatisiiwin s’inscrit dans une vision holistique du monde, et implique donc de vivre dans le respect et la réciprocité avec l’ensemble de la Création, aux niveaux individuel et collectif. Ainsi, il n’est pas possible d’atteindre minobimaatisiiwin sans des relations équilibrées et harmonieuses avec les autres êtres. Des relations réciproques sont nécessaires non seulement entre les personnes, mais aussi avec tous les autres « parents » – animaux, plantes, roches, eau, esprits, êtres célestes tels que la lune, le soleil et les étoiles, les ancêtres et ceux à venir. En même temps, tous les autres êtres et entités doivent atteindre minobimaatisiiwin pour être également en bonne santé. L’objectif global de maintenir la vie pour toute la Création est une entreprise « mutuelle ».

La vision des ancêtres était que leurs descendants vivraient selon minobimaatisiiwin et ce faisant établiraient des relations d’amour et de bienveillance avec la Terre et les autres êtres. Leurs décisions étaient fondées sur la nécessité d’assurer le bien-être des générations futures et de toute la création. Le concept de « bonne vie », ou « bien vivre », est guidé par les sept enseignements originaux – sagesse, amour, respect, courage, honnêteté, humilité et vérité – pour assurer des relations équilibrées entre les personnes et avec toute la Création. Il n’est pas possible de « bien vivre » si la Terre continue à souffrir. Dans cette théorie et cette pratique des relations, l’humanité est obligée de prendre soin de ses proches, comme ils sont obligés de prendre soin de nous réciproquement. Minobimaatisiiwin exige que l’on agisse de manière durable : assumer la responsabilité de toute la Création et être spirituellement connecté à elle, tout le temps.

Ce mode de vie était soutenu par des systèmes de connaissances, des principes et des lois indigènes qui garantissaient que les activités des gens affirmeraient la vie, plutôt que de la dénigrer ou de la détruire. Les lois indigènes, fondées sur des modes de vie harmonieux, reconnaissent les « droits de la Terre » par le biais d’un pacte de devoirs, d’obligations et de responsabilités (McGregor 2015). La loi anishinaabe exige que les gens coopèrent avec tous les êtres de la Création. Elle vise à permettre de bonnes relations et, en fin de compte, à chaque être vivant d’atteindre minobimaatisiiwin. Elle se rapporte aux relations entre les êtres humains ainsi qu’aux responsabilités considérables de la coexistence avec les membres des autres ordres (King 2013 : 5). En outre, minobimaatisiiwin reconnaît que d’autres êtres ou entités ont leurs propres lois qui doivent être suivies pour assurer des relations harmonieuses avec la Création. Ce sont des lois naturelles. L’adoption et la mise en œuvre des lois naturelles exigent une vaste connaissance de l’environnement et de son fonctionnement pour assurer la survie de tous.

À l’heure actuelle, la Terre est continuellement traitée d’une manière diamétralement opposée à la philosophie et à la mise en œuvre de minobimaatisiiwin. Dans l’ontologie anishinaabe, tous les éléments de la Création sont imprégnés d’esprit et d’action, y compris, par exemple, les formes de vie non humaines, les rochers, les montagnes, l’eau et la Terre elle-même. Les sociétés dominantes transforment ces mêmes entités en marchandises, les exploitant en tant que ressources et les reconceptualisant en tant que capital.

Dans la tradition anishinaabe, la compréhension de la nécessité d’éviter une culture de marchandisation, de consommation et de destruction de la planète est guidée par les enseignements du Windigo. Le Windigo est un être cannibale qui est condamné à une faim immense qui ne peut jamais être satisfaite, quelle que soit la quantité de ce qu’il consomme. Le Windigo erre sur la Terre, détruisant tout ce qu’il trouve sur son passage, dans une quête agonisante et sans fin de satisfaction. L’exemple du Windigo nous rappelle que nous pouvons choisir la voie minobimaatisiiwin, ou celle du Windigo, qui entraînera à terme la destruction de toute vie.

Comme l’ont fait d’innombrables générations d’anishinaabe, les sociétés dominantes pourraient également tirer des leçons de l’histoire de Windigo sur les conséquences à renoncer à minobimaatisiiwin. La crise sociale, économique et environnementale dans laquelle se trouve la société mondiale résulte d’un profond manque de respect pour la Terre et pour l’exigence de réciprocité dans ses relations avec l’ensemble de la Création. Minobimaatisiiwin, en tant qu’ensemble d’obligations et de responsabilités envers la Terre vivante, remet directement en question le paradigme néolibéral dominant qui considère la nature comme une propriété et une ressource à exploiter.

Minobimaatisiiwin offre une alternative réelle et éprouvée. Les nations autochtones du monde entier ont dénoncé un ordre économique mondial qui perpétue l’iniquité, l’injustice et l’exploitation. Une résistance croissante à cet ordre mondial s’est récemment exprimée en Amérique du Nord par des actions telles que le mouvement Idle No More et la protestation contre le Dakota Access Pipeline. Dans le même temps, d’anciennes idéologies indigènes, exprimées dans des déclarations internationales sur l’environnement telles que la Déclaration universelle des droits de la Terre Mère, redéfinissent la « durabilité » comme « bien vivre avec la Terre » d’une manière mutuellement bénéfique.

Minobimaatisiiwin, ainsi que d’autres conceptions indigènes similaires, offre un paradigme vieux de plusieurs siècles mais radical dans un monde de capitalisme industriel implacable. Les peuples indigènes, cependant, ont mis en place des systèmes politiques, juridiques et de gouvernance fondés sur ce paradigme depuis d’innombrables générations. On peut donc affirmer que l’objectif ultime de l’autonomie et de la souveraineté des peuples indigènes est de parvenir à minobimaatisiiwin pour tous.

Deborah McGregor est d’origine anishinaabe. Elle est professeur associé à l’Osgoode Hall Law School et à la faculté d’études environnementales de l’université de York. Elle est actuellement titulaire d’une chaire de recherche du Canada sur la justice environnementale autochtone. Ses recherches portent sur les systèmes de connaissances indigènes, la gouvernance de l’eau et de l’environnement, la justice environnementale, la gestion des politiques forestières et la souveraineté alimentaire des indigènes.