Communiqué de l’association Solidarité Partagée du 10 juillet 2020

Notre association se substitue à l’État sans aucun financement depuis plus de deux ans en hébergeant et en proposant des activités aux demandeurs d’asile laissés systématiquement à la rue par le dispositif national d’accueil à Montpellier. La préfecture de l’Hérault traite d’une façon inhumaine les demandeurs d’asile en les laissant volontairement à la rue alors qu’elle a l’obligation de les prendre en charge en les hébergeant durant toute la durée de leur demande d’asile.

Aujourd’hui, notre activité d’utilité publique est menacée par le préfet de l’Hérault qui annonce ouvertement une expulsion imminente des locaux réquisitionnés par notre association. Nous accueillons chaque jour de nouvelles personnes vulnérables et en détresse, abandonnées par l’État jusqu’à ce qu’elles soient prises en charge après plusieurs mois, qu’elles passeraient à la rue sans notre initiative. En aucun cas, celle-ci ne devrait être menacée tant que l’État ne mettra pas en place des structures adaptées comme le font d’autres pays européens pour accueillir tous les demandeurs d’asile arrivant sur leur territoire.

Nous accueillons 250 personnes dans plus de 2000 m² et disposons d’un hectare de terre agricole que les demandeurs d’asile cultivent en bio. Le préfet de l’Hérault a refusé la proposition du maire de Montpellier, qui souhaitait nous fournir des toilettes supplémentaires pendant le confinement. La fondation Abbé Pierre, le Secours populaire et le Secours catholique ont financé des douches et des toilettes pendant la crise sanitaire. Il n’y a actuellement aucun cas de covid19 dans les locaux de notre association.

Une audience en justice pour nous accorder des délais supplémentaires a été acceptée et reportée au mois de septembre 2020.

Communiqué de l’association Solidarité partagée

Le verdict du tribunal a confirmé l’expulsion du squat dans le bâtiment inoccupé de l’institut Bouisson Bertrand, sans accorder de délai supplémentaire. L’association Solidarité partagée et les 250 personnes qu’elle loge vont donc se retrouver à la rue avant la fin de l’hiver. En réponse à ce verdict, Solidarité partagée a publié le communiqué ci-dessous.

Notre association se compose de militants agissant depuis des années pour ceux qui n’ont pas d’autre solution que de dormir dehors, abandonnés par l’Etat.

Nous avons multiplié les initiatives jusqu’à créer un lieu et même cette association pour accueillir dignement les réfugiés, qui eux ne peuvent pas s’aider eux-mêmes en s’accaparant un lieu abandonné pour pouvoir se loger.

Nous avons fait de ce combat une priorité parce que rien n’est plus important que l’accès au logement. Sans logement, on ne peut pas vivre, on ne peut pas demander l’asile.

Cela fait presque deux ans que nous avons pris cette initiative que la préfecture n’a jamais soutenue alors que nous nous substituons à elle bénévolement et sans aucun financement. Deux ans que nous sommes en mesure d’accueillir des personnes en détresse, fragiles et vulnérables, que personne ne respecte depuis qu’ils ont pris la fuite de leur pays d’origine.

250 personnes, femmes, hommes et enfants, actuellement, mais aussi des centaines sont passées par ce lieu et y ont trouvé un peu d’espoir en étant accueillis et accompagnés par notre association aujourd’hui menacée. 250 personnes menacées d’expulsion d’un lieu vacant, abandonné et sans projet, susceptibles de se retrouver demain dans les mêmes conditions que tous les autres, sans aucune prise en charge, en devant dormir dans une tente ou sous une bâche.

Cette situation qui dure depuis des années est inadmissible, intolérable. L’Etat traite de façon inhumaine les demandeurs d’asile et devrait être traduit en justice pour se comporter ainsi.

Maintenant, ça suffit!

Nous appelons au rassemblement tous les jours, de 12h à 14h, devant la préfecture de Montpellier.

Contact : solidaritepartagee.montpellier (at) gmail.com

Appel à témoins de l’association « Solidarité partagée »

Appel à témoins de l’association loi 1901 Solidarité partagée, 778 rue de la Croix verte.

L’heure est grave, l’huissier est passé: près de 250 réfugiés, hommes, femmes et enfants, sont menacés d’expulsion des locaux réquisitionnés par l’association pour les héberger, les protéger, les accompagner et prendre soin d’eux.

250 personnes qui ont enduré de terribles épreuves avant de rejoindre Montpellier, qui ont dû fuir leur pays pour survivre, persécutées, discriminées, menacées de mort, qui ont vécu la détention et la torture en Libye, la traversée de la Méditerranée au péril de leur vie, le racisme et l’indigence en Italie, etc.

Aujourd’hui, en France, si rien n’est fait pour l’empêcher, alors ils seront jetés à la rue, livrés à la souffrance, privés de leurs droits.

Nous nous devons de les accueillir dignement. La réquisition est une nécessité. Nous ne voulons plus être complices de crimes contre l’Humanité.

Aujourd’hui, nous avons besoin de vous, de vos témoignages, avant le 15 septembre 2019, pour convaincre le juge de l’Exécution de nous accorder des délais supplémentaires.

Témoigner, c’est faire connaître la vérité, exprimer, manifester, rapporter ce que l’on sait, attester, résister, affirmer sa liberté, lutter contre le mensonge et les préjugés.

Vous pouvez également venir nous soutenir au tribunal de grande instance le 23 septembre 2019.

Le rassemblement du 23 septembre devant le TGI a été annulé, la partie adverse ayant demandé un renvoi.

Le rassemblement a finalement eu lieu devant le TGI de Montpellier (place Pierre Flotte) le lundi 4 novembre 2019 à 9h.

Communiqué de presse en soutien aux afficheurs solidaires

Soutien aux « afficheurs solidaires » poursuivis pour avoir remplacé des publicités JCDecaux par des affiches de solidarité avec les personnes migrantes

Nous apportons notre soutien à Julien, Sarah et Cécile convoqué·e·s au tribunal de police de Montpellier le 10 mai prochain, pour « dégradation légère » de panneaux publicitaires JCDecaux. En juin 2017, ils ont remplacé, sans dégrader les panneaux, les publicités commerciales d’arrêts de tram et de bus par des affiches de solidarité en faveur des personnes migrantes. Engagés dans la solidarité concrète avec les personnes migrantes, ils assument cette action de désobéissance civile.

« D’une part, comme une large partie de la population, nous désapprouvons la politique migratoire actuelle, qui déshumanise les personnes migrantes en les considérant comme un « flux à maîtriser », sans égard pour leurs droits fondamentaux. Cette politique conduit à criminaliser toujours plus les personnes à la recherche d’un avenir meilleur. Elle conduit à des humiliations quotidiennes, à de la misère, à des morts. D’autre part, d’un point de vue politique et écologique, comment ne pas faire le lien entre la surconsommation, la surproduction, les guerres pour les matières premières, le dérèglement climatique, la déstabilisation des écosystèmes et les migrations qui en découlent ? La publicité est le fer de lance d’une logique consumériste insoutenable. Voitures de luxe, hamburgers et paris en ligne sont omniprésents dans nos rues : la multiplication de panneaux publicitaires, souvent illégaux et maintenant numériques, constituent une agression et une tentative de manipulation à laquelle on ne peut se soustraire. Face à cette confiscation de l’espace public pour une exploitation consumériste, nous avons utilisé un droit de réponse sur le même support. En écrivant une vérité sur un mensonge, nous n’avons pas dégradé, nous avons « regradé ». D’un coté, les montants colossaux des recettes publicitaires, de l’autre des moyens d’accueil indigents et une situation humanitaire déplorable pour nombre de personnes étrangères privées de la satisfaction de leurs besoins fondamentaux : désobéissons pour inverser cette logique ».

Premiers signataires : Collectif Migrant.e.s Bienvenue 34, LDH Montpellier, Attac Montpellier

Solidarité Partagée, d’un squat à l’autre

L’association Solidarité Partagée créée le 19 août 2018 propose aux réfugiés, sans-papiers et demandeurs d’asile, un hébergement, un accompagnement et des activités contribuant au développement durable en lien avec la population.

A cette fin, l’association a d’abord occupé Le Château, un bâtiment situé juste derrière la gare Saint-Roch et laissé à l’abandon depuis des années par la SNCF. L’association y a hébergé environ 80 demandeurs d’asile sans solutions de logement et a commencé à réhabiliter le bâtiment qui était insalubre, sans eau ni électricité. Prétextant du danger provoqué par la proximité d’équipements électriques, la SNCF a alors déposé un recours au tribunal administratif et obtenu en octobre 2018 l’expulsion des squatteurs.

Sous la menace de cette expulsion, Solidarité Partagée s’est mis à la recherche d’un autre bâtiment pour héberger les demandeurs d’asile qui logeaient au Château. L’association a jeté son dévolu sur l’ancien centre de vaccination de l’Institut Bouisson Bertrand dans le quartier Euromédecine. Une quarantaine de demandeurs d’asile se sont introduits en janvier 2019 dans ce bâtiment inoccupé depuis plusieurs années, sans dégrader quoi que ce soit comme le préconisent les statuts de l’association.

 

En route vers l'ancien centre de vaccination

 

Le 1er février 2019, un huissier mandaté par l’Institut Bouisson Bertrand est venu constater l’occupation. Puis l’Institut Bouisson Bertrand a assigné Solidarité Partagée en référé le 6 février 2019 devant le tribunal d’instance de Montpellier. L’affaire est passée devant le juge le 20 février 2019 à 11h00. A l’appel de Solidarité Partagée, une soixantaine de personnes (des demandeurs d’asile et les représentants de quelques associations dont Attac Montpellier) se sont rassemblées devant le tribunal au 9 rue de Taragonne et ont assisté aux plaidoiries des avocats de Solidarité Partagée et de l’Institut Bouisson Bertrand. L’avocate de Solidarité Partagée a défendu les droits humains fondamentaux, notamment le droit à la dignité, le droit d’asile et le droit au logement, face à un droit de propriété sans utilité ni projet revendiqué par l’Institut Bouisson Bertrand.

 

Devant le tribunal d'instance

 

Le juge a rendu son verdict le 27 février 2019. Le juge a souligné que l’immeuble n’était pas occupé depuis plusieurs années et que l’Institut Bouisson Bertrand ne démontrait aucune urgence à récupérer la jouissance des lieux. Mais il a retenu la voie de fait que nie Solidarité Partagée puisque l’association ne dégrade jamais les locaux qu’elle occupe ni ne force les serrures pour y pénétrer. Le jugement stipule « qu’à défaut pour l’association Solidarité partagée et M. Samuel Forest d’avoir volontairement quitté les lieux dans le délai de 6 mois […], il sera procédé à leur expulsion et à celle de tous occupants de leur chef, avec l’assistance de la force publique et d’un serrurier si besoin est. Condamnons solidairement l’association Solidarité partagée et M. Samuel Forest à payer à la fondation à caractère d’utilité publique Institut Bouisson Bertrand une indemnité mensuelle d’occupation de 600 euros, jusqu’à libération effective des lieux ». Solidarité Partagée pense faire appel de ce jugement.

Rappelons qu’à Montpellier les centres d’hébergements d’urgence sont saturés et que la réquisition de bâtiments vacants comme la pratique Solidarité Partagée est le seul moyen pour éviter que bon nombre de demandeurs d’asile ne se retrouvent à la rue.

Appel de l’association « Solidarité partagée »

Ayant constaté un manque cruel d’accès aux besoins essentiels pour pouvoir mener une vie digne et décente, nous avons décidé, en toute conscience, de ne plus rester passifs. Nous avons créé l’association « Solidarité partagée » qui a pour but de proposer aux réfugiés et aux demandeurs d’asile, un hébergement, un accompagnement et des activités en lien avec la population, contribuant au développement durable, notamment une ressourcerie et des jardins partagés. Ainsi nous les mettons en situation d’être acteurs responsables, citoyens, désireux de participer à la société et de contribuer au Bien commun.

À cette fin, nous avons « réquisitionné » le château de Leyris à Montpellier, laissé à l’abandon par la SNCF et que nous restaurons. Quand nécessité fait loi, l’usufruit est garanti… Nous y accueillons environ 80 personnes.

En effet, l’Etat ne remplit pas ses obligations, légales et morales, quand il n’assure pas les conditions matérielles d’accueil de ces personnes en très grande difficulté et qui ont besoin de protection. La pénurie de places d’hébergement est le résultat d’une politique délibérée, que nous n’acceptons pas.

Peu à peu, le Château est apparu comme la seule solution pour accueillir décemment les demandeurs d’asile. Les autres structures d’accueil étant complètement saturées, les travailleurs sociaux n’ont d’autre choix que de nous les rediriger plutôt que de les laisser à la rue, sans aucune ressource, sans aucun soutien, sans aucune perspective. On a même vu des policiers nous les envoyer pour qu’ils ne restent pas autour de la gare. Au château, ils peuvent enfin se poser, se reposer, s’alimenter, reprendre goût à la vie et se sentir en sécurité, améliorer leur français, refaire société, participer à des ateliers, à l’entretien des lieux, etc. Ils peuvent s’occuper, avec notre aide, de leurs démarches administratives. Nous n’ignorons pas l’impact des conditions d’accueil sur les possibilités d’aboutissement de leur demande d’asile. Nous revendiquons pour chacun l’égalité des chances et des droits.

Face aux menaces d’expulsion par la force publique, nous n’avons pas baissé les bras. Nous avons saisi le juge de l’Exécution, qui a le pouvoir, en vertu de l’article L412-3 du Code des Procédures Civiles d’Exécution, de nous accorder des délais, compris entre trois mois et trois ans, si le relogement des intéressés ne peut avoir lieu dans des conditions normales. Tel est le cas présent.

Nous sommes allés au TGI porter notre requête en mains propres. La cause a pu être entendue et le préfet aussitôt prévenu. Une audience a été fixée le 15 octobre 2018 à 9h. Parallèlement, l’avocate de la LDH (Ligue des Droits de l’Homme) a pris contact avec le directeur de cabinet du préfet pour essayer de connaître ses intentions. Il a fait le point sur le dossier et demandé à nous rencontrer ce mardi 9 octobre 2018 à 14h en préfecture.

De notre point de vue, il ne s’agit pas seulement de mettre à l’abri ceux qui sont là aujourd’hui, accueillis au Château. Il convient de prendre en considération ceux qui ne sont pas encore arrivés, après leur traversée du désert et de la mer Méditerranée. Quasiment tous les jours nous accueillons de nouveaux arrivants. Notre devoir de solidarité les concerne également. Nous demandons par conséquent des délais renouvelables, tant que l’Etat n’assure pas les conditions matérielles d’accueil de tous les demandeurs d’asile.

Sous la bannière de l’association « Solidarité partagée », nous continuons de remplir notre mission d’accueil et d’accompagnement, d’entraide et de solidarité. Nous nous devons de répondre aux besoins urgents, aux besoins des gens. Nous voulons suivre de près les dossiers de chacun. Pour ce faire, nous avons contacté les associations spécialisées comme la Cimade pour nous donner un coup de main.

Par lettre recommandée avec accusé de réception, nous avons interpelé le président de la Métropole, celui du Département et la Présidente de la Région, leur demandant de bien vouloir nous recevoir pour mieux leur présenter la situation et trouver des solution dignes d’un État de Droit, respectueux de la dignité de la personne humaine et de ses droits fondamentaux.

Vous vous demandez peut-être comment vous pourriez nous aider, les aider, à combattre l’inacceptable, l’injustifié? Vous avez le choix, la liberté:

Venez manifester le 15 octobre 2018 à partir de 8h30 devant le TGI!

Adhérez au projet et à l’association « Solidarité partagée »!

Osez! Venez nous rencontrer au Château, 7-9-11 boulevard Vieussens!

Parlez-en autour de vous! Il faut informer le peuple français et déconstruire les préjugés sur les migrations. Non, ils ne sont pas un fardeau pour les finances publiques! Economiquement, nous avons besoin de migrants qui travaillent, qui occupent les postes dont les français ne veulent pas, qui payent des impôts, des taxes, des cotisations pour alimenter notre système de retraite, et qui envoient de l’argent à leur famille restée sur place.

Vous pouvez parrainer ou marrainer un demandeur d’asile, pour l’aider dans ses démarches et l’accompagner en préfecture, si besoin est, pour le rassurer.

Vous pouvez faire un don, en argent ou en nature, un moyen de chauffage, une couverture, un vêtement chaud, des chaussures et des chaussettes, une écharpe, une bouillotte… De la nourriture, des médicaments. Actuellement, nous n’avons pas les moyens de faire poser l’électricité, régler les factures, acheter une bouteille de gaz chaque semaine, nous procurer les matériaux, l’enduit et la peinture pour finir de rénover le Château et ses dépendances.

Faites-nous parvenir vos témoignages, vos avis, vos recommandations! Est-il acceptable que l’Etat puisse remettre à la rue des personnes qu’il est censé héberger pendant toute la procédure d’examen de leur demande d’asile, réduisant ainsi à néant leur chance d’aboutir? Et de les abandonner à leur sort, sans rien, privés de tout, privés de droits, condamnés à errer dans les rues de l’obscure cité, et à mendier pour pouvoir manger. Ils n’ont pas le droit de travailler. Certains ne parlent pas français. Réduits à l’isolement social et relationnel, dans l’angoisse permanente d’être contrôlés et conduits en rétention, renvoyés dans un pays comme l’Italie de Matteo Salvini… Le Château, pour eux tous, c’est la première marche vers l’intégration, et le dernier rempart contre la barbarie. Trop nombreux sont ceux qui se retrouvent indûment placés sous procédure Dublin.

Nous participerons aux Etats-Généraux des Migrations (EGM), afin d’articuler les actions locales et les mobilisations collectives aux niveaux national et international, afin de revendiquer un droit d’asile effectif, une politique migratoire digne du pays des Droits de l’Homme, la suppression des procédures accélérée et Dublin, la liberté de circulation et d’installation, le droit de sauvetage en mer, un pavillon français pour l’Aquarius, etc.